Non à l’apologie d’une Communarde

Intervention devant le conseil du 12e arrondissement du 3 décembre 2018 concernant une délibération de dénomination d’un « Jardin Martha DESRUMAUX » attribuée au jardin de la Caserne de Reuilly.

place de Lachambeaudie

Quand j’admire ce bâtiment qui nous accueille, il m’arrive de remercier les communards. Comme vous le savez, la création de la première mairie de l’arrondissement de Reuilly était celle de la commune de Bercy. Elle se situait place de la Nativité, aujourd’hui place de Lachambeaudie.

Seulement, elle a été réduite en cendres par ceux qui furent appelés les pétroleurs car ces personnes peu écologiques utilisaient des litres de pétrole pour mieux détruire le patrimoine parisien. Aujourd’hui, on parlerait de casseurs. C’est pourquoi, un nouvel emplacement fut choisi et que l’architecte HENARD a pu réaliser ce magnifique édifice.

Mais, je me ressaisis quand je me remémore que ces brigands avaient également pour mission de détruire tout le site des entrepôts de Bercy et l’économie qui en dépendait. La voiture chargée de tonnes de pétrole fut interceptée le 26 mai 1871 à deux heures du matin sur le pont de Bercy par un coup de génie du commandant LAMBERT qu’il serait trop long de narrer ici. Il faut en tout cas retenir que cette personne, symbole de courage, qui a risqué sa vie, mériterait bien plus de voir son nom donné à une rue de l’arrondissement que cette Marie ROGISSART, dont l’exposé des motifs, qui est en réalité une copie de Wikipédia, ne nous apprend rien sur les motifs réels de sa condamnation à 7 ans de bagne ; condamnation au demeurant clémente au regard des critères de l’époque et qui fut réduite à 5 ans puis à 4 ans d’internement.

Je ne dis pas que la Commune de Paris de 1871, comme de nombreux mouvements sociaux, n’a pas été initialement animée par de belles valeurs et une recherche de progrès social. Seulement, il faut juger un arbre à ses fruits. Comme sa grande sœur de
1792, la Commune de 1871 a surtout engendré un régime totalitaire et la terreur.

Historiquement, la Commune, c’est crescendo

Massacre des dominicains d’Arcueil, route d’Italie no. 38, le 25 mai 1871, à 4 heures et demie
Metropolitan Museum of Art, base de données en ligne : entrée 302333
  • la suppression de la liberté de la presse ;
  • les réquisitions des logements et ateliers de tous ceux qui avaient quitté Paris ;
  • le changement de 75 % des fonctionnaires de la ville qui ont été remplacés par des fidèles rouges ;
  • la persécution de religieux (Je vous rappelle que si Marie ROGISSART était au cercle Saint-Eloi, c’est parce qu’on avait viré les curés et les paroissiens pour s’approprier l’église de Saint-Éloi et en faire un lieu où on accusait toute personne réfractaire pour mieux les fusiller ensuite ;
  • la surveillance générale de la population avec changement des cartes d’identité.

Puis, arrive la semaine sanglante du 21 au 29 mai 1871. Les communards ont alors incendié des bâtiments majeurs d’un point de vue patrimonial comme l’hôtel de ville ou les Tuileries. Surtout, ils ont assassiné des personnes simplement parce qu’elles croyaient en un Dieu et procédé à l’exécution sommaire de centaines d’innocents dits les otages.

Extrait du panne affiché le 3 décembre 2018 dans le hall de la mairie et traitant d’otages fusillés pendant la seconde guerre mondiale, pratiques pourtant interdites notamment en raison des crimes de la Commune de 1871

Quand je suis arrivé, en entrant, il était étonnant de voir « assassinats d’otages, crimes de guerre ». Vous parliez du régime nazi mais cela s’appliquait également à la Commune de Paris. Je ne suis pas en mesure de dire à quel point cette Marie ROGISSART a été complice de la dénonciation de ces otages dont elle s’est vantée dans le club Saint-Éloi.

Je me garderai donc bien de la juger. En l’absence d’informations supplémentaires, il est également hors de question de donner son nom à une rue du 12e à quelqu’un qualifié dans l’exposé des motifs de grande figure de la Commune de Paris. Loin de moi de faire l’apologie des Versaillais mais conformément à notre ligne, si une personne politique est choisie, elle doit indiscutablement avoir contribué à l’intérêt général du site nommé. Le choix du nom de rue doit incarner l’unité et non la division française.

Je vais mettre un peu de poésie dans mes propos puisque je voudrais citer Victor HUGO qui a écrit, comme vous le savez, un chef-d’œuvre : Quatrevingt-treize. Il a écrit ce livre alors qu’il rentrait en France et qu’il était choqué par les atrocités de la Commune. Tout l’objectif de ce livre était justement de rassembler les Français. Il disait : ‘’Ce qui fait la nuit en nous peut laisser en nous les étoiles’’. Préférons des étoiles comme Emma CALVE pour le choix de ces passages ou qu’il y ait un lien précis avec l’histoire de notre arrondissement, comme celui de la caserne de Reuilly en l’occurrence, plutôt que des personnes qui nous divisent. C’est pourquoi, nous allons voter contre le choix de Marie ROGISSART.




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